DESCRIPTIONS

L'activité de kinésithérapeute

 

Le centre est un établissement privé, de 80 lits dits « de suites et de rééducation ». En fait, il reçoit des patients de rééducation fonctionnelle et respiratoire (1)

Il fonctionne donc avec un prix de journée assez bas par rapport au niveau de soins proposés, remboursables à 100% par la sécurité sociale, 

Les soins sont comptabilisés, pour que la sécurité sociale soit informée du volume d’activité du centre, et que soit à terme accordée une nouvelle tarification. 

Une visite d’accréditation de l’Agence nationale d’accréditation des établissements de santé est prévue pour Décembre 2006 

Le centre est situé à 450 m d’altitude, en zone boisée et agricole. 

Le bâtiment est construit tout en longueur, sur 100 m de long et 3 étages, un bâtiment perpendiculaire le jouxte, qui est vide et en début de rénovation. 

Le panorama des chambres et des locaux de rééducation est magnifique. 

Un centre de réadaptation professionnelle est intégré aux locaux (3° étage), avec des pensionnaires COTOREP (2) en stage pour un apprentissage du métier d’aide jardinier. Avec le personnel et les stagiaires du centre de réadaptation, nous nous croisons, mais ne collaborons pas, il ne s’agit pas de la même structure. Les stagiaires pourvoient à l’aménagement paysager et à l’entretien de l’extérieur du centre. 

Le bâtiment en rénovation va avoir une fonction d’accueil de personnes âgées. 

Le tout appartient à la même famille, fondatrice de ce qui était une clinique chirurgicale depuis les années 70, et qui est en mutation, pour devenir un site de réadaptation professionnelle, rééducation fonctionnelle, et maison de retraite. 

Le patient 

Le centre n’accueille que des patients internes. Les patients font un séjour au centre de 15 à 45 jours en moyenne. La durée est déterminée suivant d’une part leurs pathologies, et la nécessité de soins prolongés qui en découle, et d’autre part par leur degré d’autonomie, qui leur permettra le retour au domicile, avec l’aide de leur famille ou non, avec parfois des aménagements du domicile. 

Le séjour du patient pourra se terminer également par un placement en maison de retraite. 

Le centre est un établissement dont on doit sortir avec une récupération maximum de ses possibilités de motricité et d’autonomie. On peut sortir du centre avec moins de possibilités qu’avant l’accident ou la maladie, mais parfois les mêmes possibilités, ou plus. 

Le patient arrive en général d’un établissement hospitalier, où il a été admis pour une intervention chirurgicale, consécutive à un accident ou une maladie, ou plus rarement de son domicile, en prévision d’une intervention, ou pour un traitement de fond. 

Le patient arrive dans un état physique dégradé par l’accident, l’intervention ou l’hospitalisation et l’inactivité qui en découle, il est souvent déstabilisé par les changements de structure d’accueil, il peut être porteur de handicaps divers, de pathologies dites annexes, qui vont être évaluées et prises en compte par l’équipe dès son entrée. 

Le plus rapidement possible, parfois dès le premier jour, il va avoir une prise en charge kiné, avec bilans, prêt de matériel (fauteuil roulant, cannes, déambulateur), définition d’un projet, et prévision du traitement, en collaboration avec une équipe d’ergothérapie, et suivant les prescriptions d’un médecin rééducateur. 

Le personnel 

Il y a 80 employés, environ. Nous nous connaissons tous, au moins par le nom et la fonction, il y a pas mal de turn-over dans le personnel soignant. 

Personnel administratif, personnel lié à l’hébergement et aux repas, gouvernante, personnel de maintenance, d’entretien. 

Personnel médical soignant : médecins, infirmier(e)s, aides-soignant(e)s, stagiaires infirmier(e)s et aides soignant(e)s, manipulateur radio, surveillante. Certains ne font que du travail de nuit, le personnel soignant des services travaille par laps de temps de 12 heures, incluant des pauses. 

Equipe de rééducation : kinésithérapeutes et stagiaires, ceux-ci pratiquent la kinésithérapie sous le contrôle d’un kiné par stagiaire, le kiné étant responsable du patient confié au stagiaire, d’une part, et de l’apprentissage par le stagiaire des bonnes pratiques de la kinésithérapie, d’autre part. Pas de brancardier. 

Ergothérapeutes, éducateur sportif, ostéopathe, cadre, conseiller technique qui est un kiné retraité, toujours professeur. 

Nous travaillons par journées, de 8 heures 30 à 12 heures 30, et de 13 heures 30 à 16 heures 30. 

Certains sont là 5 jours par semaine, donc 35 heures, une fait 4 jours (elle ne travaille pas le mercredi), moi-même, je fais 3 jours, en alternance avec un kiné qui fait 2 jours. Et les stagiaires sont là pour des périodes de 4 à 5 semaines, soit à plein temps, soit à mi-temps. 

Une kiné les mercredis et vendredis après-midi. 

Les patients sont donc amenés à passer entre plusieurs mains différentes, il est important qu’un kiné soit responsable de la conduite des traitements, pour chaque patient, même si une autre personne le remplace. Nous devrions être interchangeables, et assurer une communication suffisante entre nous pour maintenir un suivi des soins. 

A part le conseiller technique, et le kiné qui travaille 2 jours, nous ne sommes que des femmes, les stagiaires kinés envoyés par l’école semblent être à parité égale. 

Cela provient du fait que l’activité kiné est plus répandue en libéral, surtout chez les hommes. 

Il est actuellement très difficile de recruter du personnel kiné. 

Je gagne environ 16€ par heure, avec 29 ans d’ancienneté. J’ai 5 semaines de congés payés, la convention collective est appliquée à la lettre. 

Les locaux 

Les locaux de kinésithérapie orthopédique : 

-Gymnase équipé d’appareils, de barres parallèles, matériel de rééducation, et de 2 tables de massage. 

-Salle de massage et de rééducation individuelle avec 9 tables dans des box vitrés, opaques à claire voie, pour une certaine confidentialité du soin. 

-Une salle d’électrothérapie, avec 3 tables. 

Tout cela très bien équipé, avec du matériel entretenu, choisi en partie par le conseiller technique. Nous y travaillons tous ensemble. 

-Un bureau, commun à notre équipe kiné orthopédie, nous travaillons ensemble autour d’une table, sur nos classeurs, ou sur les postes informatiques. Même chose pour les kinés respi ou ergothérapeutes. 

-Une piscine de balnéothérapie, avec un équipement très vétuste, sans douche ni pédiluve, mais où notre comité d’hygiène et de sécurité a demandé et obtenu l’utilisation de paillassons antiseptiques, et la mise au rebut du soulève- malade, qui était dangereux. Pour l’instant, n’accèdent à la piscine que les patients capables de déambuler et de monter les marches de l’escalier. C’est-à-dire peu de patients, alors que la balnéothérapie pourrait être bénéfique à beaucoup plus, notamment à ceux qui ne peuvent faire supporter à leurs membres inférieurs le poids de leur corps. La nacelle du soulève- malade doit être changée, et, l’an prochain, les locaux entièrement refaits, et le bassin reconstruit. 

-Locaux de kinésithérapie respiratoire : un gymnase spécifique pour le réentraînement à l’effort, équipé de vélos et tapis roulants, et une salle de massage et rééducation individuelle, ou ventilation dirigée, avec 4 tables dans des box. 

-Locaux d’ergothérapie : ils sont agréables, ils ont un peu l’aspect d’une salle de jeux, il y a une cuisine pour les mises en situation de la vie quotidienne, un atelier pour l’adaptation du matériel d’orthèses, de fauteuils roulants, la fabrication de mousses de confort ou de contention. 

L’activité au quotidien 

La prise en charge du patient est effectuée le jour de l’arrivée (J1), en principe avant 16 h, (parfois plus tard) : recueil succinct d’infos, prise de contact, obtention du matériel nécessaire, à J2, le patient est attribué à un kiné, suivant ses disponibilités, ses compétences, et, éventuellement la connaissance préalable de la personne. Le dossier est constitué par le kiné qui reçoit le patient (1 patient, 1 kiné, 1dossier) 

Il est composé de bilans, courbe d’évaluation de douleur (EVS), observations journalières, feuilles PMSI (comptabilisation du temps des soins, destiné à terme à la sécurité sociale) et est remis à l’infirmerie en fin de séjour. Les autres kinés y ont accès en cas d’absence. 

Un planning est prévu, en collaboration avec les ergothérapeutes. 

Nous devrions avoir de 8 à 10 patients par kiné, nous en avons en fait de 8 à 12, certains en acceptent plus, j’ai dit au kiné cadre que cela m’était impossible, à moins de faire des heures supplémentaires, pour des raisons de respect du patient tout d’abord, et des consignes d’hygiène et de sécurité ensuite. Cela n’a pas été mal reçu, il faut convenir qu’au-delà, le travail serait dangereux, mal fait, ou pas fait. 

Le kiné recueille les informations concernant le patient, et les transmet par ordinateur aux services. 

Les informations sont ainsi accessibles à tout le personnel soignant. Le kiné valide sur un des 3 ordinateurs du bureau les soins effectués, le plus souvent en fin de matinée, ou d’après-midi, parfois plus tard, si les prescriptions médicales ne sont pas publiées en temps réel, ou s’il n’a pas assez de temps. 

Le planning du patient est détaillé, avec horaires, mais pas toujours respectés. 

Les relations avec les autres services, et les médecins, se font par téléphone, mail, transmissions informatique, contacts directs en couloir, infirmerie, et chambres, et lors des réunions de synthèse (4 fois par semaine) Relations régulières et efficaces, suffisantes en ce qui me concerne. 

Nous collaborons beaucoup entre nous, certains gestes sont à effectuer à plusieurs kinés, ou avec les ergothérapeutes, et puis il faut pouvoir assumer certains gestes en cas d’indisponibilité de l’un ou l’autre, il faut une très bonne communication. 

Ma journée 

J’arrive au centre en voiture, comme tous le monde, car c’est isolé, j’ai I50 m à parcourir dans le jardin, avant d’accéder à la pointeuse, proche de nos vestiaires, je suis toujours en avance, si je pointais en retard, on me décompterait le temps perdu, sans qu’une équivalence soit offerte avec le temps de dépassement en fin de service, ou bien il faut la négocier avec l’encadrement. 

Dans le vestiaire, je me change entièrement, je ne garde que mes sous-vêtements, et je cherche une tenue propre sur des portants déposés par la société E. 

J’ai quelques tenues à ma taille et à mon nom, je dois noter le soir la remise dans le sac de sale (La gouvernante L. s’occupe de tout le linge de la clinique, en relation avec la société E. Elle s’occupe aussi de la gestion des plateaux repas et repas du self, et de gérer le ménage.) 

Je me rends ensuite dans mon service, kiné orthopédique, ou respiratoire, je peux travailler dans l’un ou l’autre, suivant l’effectif des patients de telle ou telle pathologie, et aussi l’effectif kiné, car certains ne savent pas ou ne désirent pas travailler en respiratoire qui est un secteur un peu spécifique, et peu connu. En ce moment, je suis au 2° étage, en orthopédie. 

J’ai la clé du bureau, des salles de kiné, et de la réserve de matériel. Je suis donc au 2°, et j’ai la vue sur la plaine, la chaîne des côtes, et même les Alpilles par temps clair et sec. Le service est vitré du sol au plafond. Pas très bon pour l’isolation thermique, mais tout ouvert à la mi-saison, et facile à aérer. 

J’ouvre toutes les salles, et l’ordinateur du bureau, je consulte le courrier en arrivée, le journal des transmissions, et le plan de soins de chacun de mes patients, en fonction éventuellement des évènements. J’essaie de planifier ma journée, et celle de mon stagiaire, si j’en ai un. Je prépare du café, mes collègues arrivent, tout juste après moi, et on échange bavardage et informations. Je rattrape les tâches de validations ou de retard de papiers qu’aurait pu laisser le kiné qui alterne son planning avec le mien. 

J’accueille mon (mes) stagiaire(e). Je leur demande comment s’est passée la journée de la veille, et on se distribue les tâches. 

Puis, je vois arriver mes premiers patients, ceux qui se déplacent seuls dans le centre, et qui sont autonomes du point de vue de la toilette, c’est-à-dire les plus anciens, nous nous connaissons déjà bien. Chacun se lave les mains avant et après la séance. Nous aussi, à chaque nouveau contact avec un patient. La séance commence individuellement, par un entretien, en général pendant le massage, qui comprend le plus souvent une évaluation de sa douleur. 

Celle-ci nous est demandée au quotidien, le plus souvent, elle est faite, mais pas transcrite en temps réel, sauf changement en + ou en -. J’essaie de ne pas oublier la douleur morale, qui, elle, n’est pas cotée. Puis mobilisation, exercices, techniques de rééducation, tout cela évolue au jour le jour. Je dois pouvoir voir les patients individuellement, et aussi les faire travailler seuls sur des appareils, ou à l’aide de matériel spécifique, ainsi, ils prennent en charge une partie de leur traitement. 

A 9 heures 30, mes premiers patients sont installés à une activité, ou alors ils participent à un atelier que j’anime, pour la rééducation des membres inférieurs. C’est une sorte de cours de gym collective de réadaptation, qui s’adresse à tous, avec des exercices variés, adaptés à tous les stades d’autonomie. Moi-même, je fais tous les exercices avec eux, et je les corrige individuellement. Les patients participant à ce cours sont le plus souvent très volontaires, ils sympathisent entre eux, s’encouragent mutuellement, il y a des fous rires collectifs, et des moments très émouvants. Il y a une large fourchette d’âges, et de milieux socioculturels, 

Et face aux maux du corps, ils sont très solidaires. 

Je reprends mes patients à 10 heures, il faut aller en chambre chercher les moins autonomes. Quelques explications aux stagiaires, et vers 11 heures, ou 11 heures et demie, je vais dans les services pour les patients alités. J’ai entre 0 et 3 patients en chambre, ils peuvent être complètement alités au début, cela prend du temps, c’est de l’individuel. Puis assis au fauteuil, et on essaie de les emmener dans le gymnase dès que l’on peut, même pour 10 minutes. J’essaie de leur faire passer le cap le plus vite possible, ils peuvent être très réticents au début à l’idée même de sortir de la chambre, pour aller en rééducation, ou déjeuner au self. 

Puis ils attendront ma venue, et un jour, ils arriveront seuls en fauteuil, et je leur demanderai de venir un peu plus tôt, et ils remplaceront au cours de gym les patients sortis, et ainsi de suite. 

A midi, les patients déjeunent, soit en chambre, soit, dès que possible au self. Le service se calme, remplissage de dossiers, validations sur l’ordinateur, contrôle du travail des stagiaires. 

Vérification de l’hygiène des tables et du matériel. 

Je m’arrête 1 heure, je me change, je pointe, et je vais déjeuner. 

Nous avons un self-service, celui des patients et du personnel, la cuisine est faite sur place, c’est très bon. Néanmoins, mes collègues ont leurs habitudes, certains préfèrent pique-niquer dehors. Il y a des pergolas sur une immense terrasse, et puis une zone gazonnée, certains s’y couchent pour dormir à l’ombre. J’aime bien le self, mais je vais aussi dehors, pour m’amuser avec les pique-niqueurs, c’est plus décontracté, il n’y a pas la présence des patients et de la direction. 

A 13 heures 30, retour à la pointeuse, vestiaire, et service. 

Une ou deux séances collectives de balnéothérapie sont programmées chaque jour, sauf incident technique. Nous nous relayons pour les animer. 

C’est à la même heure qu’ont lieu les réunions de synthèse, avec les médecins rééducateurs, et le personnel de service. Nous y partageons nos informations et y prenons ou donnons des consignes. 

L’après- midi passe très vite, j’essaie de reprendre les patients une fois au moins pour une activité. Avant de partir, mêmes tâches qu’à midi. Vestiaire, pointeuse, jardin, et voiture.

J’ajouterais que l’on nous propose des formations, et que nous devons participer aux réunions des différents comités de l’établissement. C’est du temps qui peut nous manquer auprès des patients, nous ne sommes pas forcément remplacés, il faut parfois jongler entre nous. Le personnel est "de bonne volonté", parfois on lui demande une charge de travail très importante, qu'il ne peut bâcler ou remettre au lendemain. 

Le bât blesse lorsque la charge de travail est trop lourde, la qualité et la quantité des soins requises pour obtenir une nouvelle tarification reposent sur un personnel qui n’est recruté et payé qu’en fonction de la tarification actuelle. Certains n’apprécient guère le système. 

Par contre, pour pérenniser l’entreprise, et obtenir une accréditation, des efforts sont demandés à tous niveaux, accueil, lutte contre les infections nosocomiales, contre la douleur, confidentialité, traçabilité, tenue des dossiers, lutte contre le tabagisme. Ces efforts sont bénéfiques pour tous, patients et personnel, la direction est obligée d’en tenir compte. L’accréditation nous permet d’évaluer nos pratiques, de les corriger si nécessaire. 

L’entreprise est forcée de se plier aux critères de l’accréditation, et pas seulement aux critères de rentabilité. 

Mais dans le monde médical, on recrute en permanence, ce qui donne un certain pouvoir à l'employé, qui peut faire valoir ses droits et ceux des patients, il ne se sent pas pieds et poings liés. C'est mon cas, et je ne me prive pas de faire connaître mon point de vue, d'autres peuvent rouspéter en silence, ou peuvent quitter le centre ( pour aller vers le public, il ya moins de travail, et plus de congés, ce sont souvent d'énormes structures, avec d'autres inconvénients).

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(1) Il y a plusieurs types d’établissements hospitaliers de suites : certains sont appelés centres de soins de suites et de rééducation , ou centres de post-cure (on les appelle couramment maison de repos ), 

D’autres centres de rééducation fonctionnelle . Les centres de rééducation fonctionnelle sont également classés en différents types, selon les pathologies traitées, qui sont plus ou moins complexes et à chaque type correspond une tarification journalière. Un centre de rééducation fonctionnelle peut accueillir des patients en soins externes. 

(2) La COTOREP : Commission technique d’orientation et de reclassement professionnel 

(Pour les personnes handicapées, c’est un organisme public très important qui fixe le taux d’incapacité, qui permet d’obtenir formation et allocations) Au Centre, on les appelle les stagiaires cotorep. Le handicap n’est pas forcément très visible. Certains peuvent venir de leur domicile, parfois éloigné, d’établissements spécialisés (on appelle ainsi les établissements psychiatriques), d’établissements pénitentiaires.