DESCRIPTIONS

Éric, potier

eric_potier

(Nous habitons le même village, nous nous voyons presque tous les jours. Nous nous sommes servi d'un magnétophone...) 

C’est un travail qui m’offre la possibilité d’être seul et d’organiser ma vie comme je le veux. C’est une liberté inouïe dont je me rends compte. 

Quand j’entends autour de moi les gens qui me parlent des rapports souvent difficiles qu’ils ont dans leur propre travail – des relations avec les collègues, par exemple – c’est sûr que moi je n’ai pas ça, je ne subis pas ça. Je pense d’ailleurs que j’aurais eu du mal à faire un métier dans lequel j’aurais eu des contacts avec des collègues, beaucoup de collègues ou des choses comme ça. 

D’ailleurs quand j’étais ado, au collège, puis au lycée, quand il fallait dire quel métier on ferait plus tard, moi je n’avais aucune idée – jamais. Et ça, ça a duré très tard, jusqu’à plus de vingt ans. J’ai toujours pensé que je ferais un travail qui serait différent du travail des autres et que je serais probablement mon propre maître à bord. 

Au début. Ça s’est présenté comme ça. Au début, quand je me suis installé, il y a 9 ans, je n’avais pas vraiment d’idée sur la façon dont j’allais mener mon affaire. Je pensais par exemple que je sortirais plus souvent, que je ferais des séries aussi, des séries d’objets identiques. Et puis avec le temps, ça s’est mis en place tout seul, sans accident, ça s’est fait comme ça. Aujourd’hui je sors peu du village où je travaille – je fais une sortie par an, et cette année je n’en ferai pas. Et je ne fais pas de séries. Je ne pensais pas que ce serait comme ça. 

Ma production, en fait, c’est comme une machine, c’est comme un mécano , comme une machine. Disons qu’au début de l’année, en janvier, je fabrique la machine. Et puis je la mets en mouvement. Au début, ça tourne lentement, je vois si ça fonctionne. Et puis après, si je suis satisfait, la machine prend de la vitesse, elle prend de la vitesse assez rapidement. Et ça fait qu’en juillet/août je tourne à plein régime. Et début septembre, j’arrête la machine. Et je pars. C’est mon cycle de travail : voilà. 

Donc par exemple, c’est un détail, mais l’été – j’ai commencé tôt cette année, je suis ouvert tous les jours depuis plusieurs mois – ma voisine, qui travaille aussi l’été, me dit qu’elle ne comprend pas comment je peux tenir ce rythme très intense, en juillet/août, sans fermer. Fermer, c’est comme arrêter la machine. Je ne peux pas faire ça. C’est comme une pédale d’accélérateur, même si je lève un peu le pied, c’est terrible. C’est une vitesse de croisière, et donc voilà, je ne peux pas arrêter. 

Les clients. Disons que dans 99°/° des cas, ça se passe très bien, je suis ravi. Avec les années, il y a une clientèle qui s’est créée, qui est assez régulière. Moi ça me surprend toujours, j’ai des gens – quarante ou cinquante personnes, souvent des couples – qui reviennent chaque année. Vers la mi-juin je me dis, « tiens, est-ce que je vais tous les voir cet été ? ». Cet été, je les ai tous vus, sauf un couple. À chaque fois ça me surprend parce qu’ils achètent systématiquement des objets. Et cette année, pour la première fois, j’ai demandé à des gens « qu’est-ce que vous faites avec tout ça ? « Ils m’ont répondu qu’ils faisaient des cadeaux, qu’ils qu’ils aimaient ça, voilà. Donc bien sûr, oui, ça fait partie du métier, j’explique comment je travaille, quelle terre je tourne, comment je fabrique mes couleurs, à quelle température je cuis. J’ai besoin de parler de ça. 

Quand je vais par exemple faire des courses en grande surface, ça m’arrive d’aller regarder la vaisselle – par désoeuvrement les 3/4 du temps. Quand je vois qu’il y a des bols à 1 euro, 1 euro 20, qui souvent d’ailleurs sont de jolis bols, je me dis, comment cela se fait-il que moi, avec mes bols à 24 euros, je continue à en vendre ? Mais je pense que des bols à 1 euro, il y en a des milliers, et voilà, c’est tout. 

Équilibre. Je sais exactement maintenant, au bout de 9 ans, ce qu’il faut que je réalise comme chiffre d’affaire pour tenir. Pour voyager, payer mes remboursements sur la maison, payer mes charges sociales… Je sais exactement quel chiffre d’affaire je dois atteindre et puis une fois qu’il est atteint, j’arrête. Je suis content parce que ça s’atteint en général à la fin du mois d’août. Donc je ne veux pas faire plus. D’une année sur l’autre ça varie, mais de rien du tout. Après je tiens mes comptes. C’est serré mais ça me suffit, je n’ai pas besoin de faire davantage. Je ne sais pas d’ailleurs si je pourrais. C’est un peu précaire. Je n’ai pas beaucoup d’argent de côté – mais en même temps, voilà, c’est mon choix de vie. 

Les prix. Cet été on m’a souvent dit – des clients, mais qui ne sont pas que des clients, parce que ce sont des gens avec qui je discute et que j’aime bien, il y en a parfois que je vois en dehors de la boutique – et certains me disent que je ne suis pas assez cher. Alors au début ça me laisse perplexe. Puis je me dis, eh bien voilà, c’est comme ça. En même temps je tiens à ce que les gens, tout le monde, puisse acheter quelque chose ici. Je sais que je pourrais augmenter les prix si je voulais. Enfin, je ne pense pas à ça. Pour moi, c’est juste comme ça. 

Je fais des erreurs ; je n’ai pas vraiment d’analyse de ce que je fais. Parfois je me dis que tout ça se tient, malgré tout. Je fais ce qui me plaît et j’arrive à vivre de ce qui me plaît. Et ça, voilà, je suis content de ça. Par exemple, sur un décor qui marche très bien, je pourrais éventuellement écrire sur un cahier l’été « faire en janvier 20 petits vases de cette forme là », parce que c’est parti comme des petits pains. Je ne le fais jamais. J’essaie de trouver un juste équilibre entre ce qui se vend et ce qui me fait plaisir à faire. Cette année, tous les décors que j’ai faits, rien ne m’est resté sur les bras à la fin de l’été. Je ne peux pas me forcer à faire les choses. 

Les autres. Je ne lis jamais de revues de décoration. Je n’en achète pas. Quand je vais en Bourgogne, je fais le tour de certains potiers. Mais en même temps, moi je fais de la terre vernissée, ce qu’on appelle des basses températures. Et généralement, les potiers qui sont installés comme moi travaillent le grès, et donc le rendu est complètement différent. Ca m’intéresse quand même de voir ce que font les autres. Je n’aime pas que d’autres potiers viennent chez moi. Quand ils rentrent dans la boutique, je sais tout de suite qu’ils sont potiers. Ça me met mal à l’aise. C’est peut-être parce que je suis autodidacte, peut-être que ça joue, je ne sais pas. Je pense qu’en fait c’est un milieu qui ne m’intéresse pas. 

Il y a des assemblées, il y a des associations, il y a énormément de marchés de potiers qui existent un peu partout. Et je suis régulièrement invité. Je ne réponds jamais. Je ne peux pas le faire parce que – un petit peu moins maintenant – je pense que mon travail n’est pas…, je suis assez impressionné par les objets des autres potiers. Qui sont plus âgés que moi par exemple. Là ça m’impressionne. Je ne sais pas comment dire, parfois j’ai l’impression qu’il n’y a pas d’épaisseur dans ce que je fais. Je pense que c’est un métier qui se fait sur la durée, et que moi je serai plus sûr de moi, je pense, dans 5 ou 10 ans. Mais en même temps, tout ça n’est pas très important. 

Je sais bien que dans les décors, ou dans la matière, il y a plein de voies que je n’ai pas encore explorées. Je prends mon temps. Il y a des techniques que j’ai envie de maîtriser et que je ne connais pas encore. Mon métier, tel que je le mène, tel que je le vis, ça me plaît beaucoup, donc je n’envisage pas d’arrêter ou d’en changer. Je n’envisage pas ça. 

Ailleurs. J’aimerais bien par exemple aller en Afrique, au Mali. D’abord voir l’Afrique. Et puis surtout voir ce qu’est la tradition céramique africaine au Mali par exemple, ou au Niger, ce que ça représente. Je pense que c’est comme en Inde. Quand j’avais vu des potiers en Inde, la poterie en Inde, c’est de la poterie utilitaire, qui sert, qui se casse, qui n’est pas très bien cuite, qui en même temps est très belle aussi. Enfin belle je ne sais pas, c’est autre chose. 

Moi je fais de la céramique aujourd’hui parce que j’aime ça. Dans les villages en Afrique il doit y avoir deux ou trois potiers par village, pour acheter les assiettes. Alors qu’aujourd’hui ici on doit être cinq dans le département, je ne sais pas. Dans un autre rapport avec l’utilitaire. Je fais par choix des objets utilitaires. Je pense que je continuerai ainsi. 

Pour en revenir à l’Inde, par exemple, quand j’avais vu ce vieux monsieur qui vivait dans la campagne, qui vivait dans une masure, avec un tour qui était rudimentaire, peut-être les mêmes tours qu’avaient les potiers indiens, les potiers du monde entier il y a 2000 ans – c’est juste une roue en bois sur un axe. Et quand j’avais fait de la poterie avec lui, en fait c’était deux univers complètement différents. On travaille le même matériau mais ça n’a strictement rien à voir. Moi je ne sais pas comment mon métier s’inscrit ici, dans cette société-ci – mais – il y a un problème là-dessus, sur ce point là , en Occident. Peut-être davantage en France. En côtoyant une clientèle allemande ou anglo-saxonne, je constate qu’ils ont un approche bien plus normale, naturelle de la céramique qu’en France. C’est marrant parce que les Anglais, les Allemands surtout, touchent très facilement les objets – très vite, et naturellement, simplement. Alors que les Français sont peut-être plus impressionnés. C’est étonnant parce qu’il y a des traditions de céramique très importantes en France. Je suis incapable de dire pourquoi c’est comme ça. Peut-être que c’est une question d’éducation à l’école, d’enseignement, je n’en sais rien. 

Les gens d’ici, qui passent devant tous les jours, par exemple ceux qui emmènent leurs enfants à l’école, qui vient de déménager – je suis ouvert depuis 8 ans, et les parents d’élèves se garaient devant la boutique, et je pense qu’en 8 ans, une seule personne est rentrée, un seul parent d’élève. Il ya aussi des gens qui passent devant la boutique et qui ne rentreront, je sais, qui ne rentreront jamais. Mais ça m’est égal. 

La boutique. C’est une boutique qui n’est pas très grande et, comment dire, qui est séparée en deux. Il y a un espace qui doit faire peut-être 3 m sur 5 – qui est constitué d’étagères. Et il y a juste une petite ouverture qui donne accès à l’atelier. Les gens rentrent dans cet endroit là et peuvent me voir travailler de l’autre côté où il y a aussi un four. Là il y a des plateaux de tournage. Je n’aime pas le contact de la main avec le métal – le plateau du tour s’appelle une girelle, c’est en métal et je n’aime pas le contact de l’eau, du métal et de la terre ensemble. J’ai fabriqué des plateaux de bois qui s’adaptent sur la girelle, comme ça je tourne sur du bois, ce qui est plus agréable pour moi. 

Et par terre on peut voir ce qui reste des blocs de terre – de l’argile noire, de l’argile blanche, et de l’argile rouge. Par choix, parce que j’aime bien changer de couleur, même si les terres, une fois qu’elles sont tournées sont la plupart du temps recouvertes de couleur. Couleur que je pose dessus. Mais on n’obtient pas le même rendu suivant que l’argile est noire, blanche ou rouge. Puis là il y a un four, mon nouveau four, qui est électrique. Je fais deux cuissons. La première cuisson, c’est la cuisson du biscuit, c’est-à-dire que je tourne l’objet, je le mets à sécher, et le lendemain matin, je fais le pied. J’aime bien qu’il y ait des pieds – que les forme soient bien assises . 

Décor et cuisson. Une fois que l’objet a encore un peu d’humidité et un peu de plasticité, je le décore avec de l’engobe : c’est de l’argile blanche qui est diluée avec de l’eau, qui a une consistance un peu comme un yaourt nature et c’est blanc. Je vais teinter cette argile avec des oxydes métalliques : oxyde de cobalt pour le bleu, de chrome pour le vert, de manganèse pour les gris, etc. Puis après il y a les ocres. Là, ces engobes colorés vont me servir à teinter ou à décorer mes objets qui ont été tournés la veille. Une fois que les objets sont décorés, après, je les laisse sécher pendant 2/3 jours, parfois plus, ça dépend de l’humidité qu’il y a dans l’atelier. Et une fois qu’ils sont bien secs – il faut faire attention - je ponce les fonds avec un grattoir et là je fais une cuisson qui s’appelle la cuissson du dégourdi , à 1050 ° - entre 1030 et 1050 ° - pendant plusieurs heures, au moins 6 à 8 heures. Quand l’objet est cuit, j’obtiens un biscuit, ç’est-à-dire que c’est une terre qui est cuite mais qui est perméable et poreuse, et donc, dans un deuxième temps, je fabrique un émail, l’autre nom c’est une couverte, et je recuis encore la poterie, là aux alentours de 1000°. L’émail, qui est blanc et poudreux lorsque je le pose, se vitrifie à la chaleur et rend la poterie imperméable et non poreuse.

L’objet. Et une fois que tout ça est fini, je pose les objets sur l’étagère et voilà. Je ne fais pas tellement attention à ça, et je ne sais pas bien faire ça – les mettre sur les étagères et définir un prix, c’est deux choses que je fais mal. D’ailleurs quelqu’un, une amie, le fait souvent pour moi. 

Autrement, ah si, j’aimerais bien préciser aussi : disons que dans une année je pense que je dois faire des centaines de pièces, je ne sais pas, peut-être 500. Et donc ça arrive parfois, disons que sur une moyenne de 500 pièces, je pense honnêtement qu’il y  a   peut-être 5 à 10 objets qui représentent ce que j’avais voulu faire. C’est souvent d’ailleurs des petits objets, mais ça peut être des grands, des grands plats par exemple, même un vase, un beau vase. Disons que ces 10 objets-là m’apportent beaucoup de satisfaction, voilà. Je ne les garde pas. Je n’ai gardé que les deux premiers objets que j’ai fabriqués. 

Ce qui est parfois difficile, pas douloureux, parce que c’est un peu trop fort, mais ça peut arriver, en pleine saison d’été, que le matin – c’est toujours très excitant, ça c’est un grand plaisir que j’ai, c’est d’ouvrir le four. Quand j’ai une cuisson émaillée, c’est-à-dire des objets terminés, il faut sortir les objets un à un, j’aime bien être seul dans ces cas-là. La boutique est fermée, et donc je regarde ce que j’ai fait, et puis, c’est assez rare, mais ça arrive parfois que parmi les 30 objets qui ont été cuits, il yen ait  un - parfois il n’y en a pas du tout – il y a un objet que je trouve beau, que j’aime énormément. Et ce qui est terrible c’est qu’il arrive que cet objet je le vende dans l’heure - ça c’est quelque chose de frustrant. Maintenant, depuis quelque temps, je fais des photos, mais je trouve que ça ne rend pas grand chose. Ce sont  des objets qui sont partis…

Destinations. Et j’ai  du plaisir aussi parfois, aujourd’hui j’ai un saladier qui est parti à Iena, en Allemagne, ça c’est agréable. J’aime bien les voyages et qu’il y ait des objets que j’ai faits qui soient un peu partout, j’aime quand les objets vont au bord de la mer – la mer du Nord. Là par exemple, j’ai vendu des objets – je suis allé ensuite regader dans un atlas où ça se trouvait -  c’est des îles qui se trouvent dans le Schleswig-Holstein, en Allemagne, au sud du Jütland,  il y a de petites îles, un archipel d’îles plates, avec, j’imagine,  des terres grises tout autour. Et voilà, j’ai des objets qui sont partis là-bas. En Norvège aussi, je crois que c’était la première fois cette année que j’avais des objets qui partaient en Norvège. J’aime cette idée-là. 

Voyager. C’est un équilibre, maintenant je sais que je ne pourrais pas finir une saison comme en ce moment, sans envisager de partir presque sur le champ – quitter ça. J’ai besoin de quitter ça. Jai besoin de fuir mon atelier. Et quand j’arrête, ce n’est pas vraiment de la fuite, mais j’ai besoin de rupture. 

Quand je suis allé par exemple en Nouvelle Zélande, l’année dernière, j’ai rencontré un potier dans un petit village. Alors, ce n’était pas comme les potiers en Inde, là c’était vraiment un vieux monsieur - 70 ans – qui faisait vraiment, pour moi,  un travail remarquable. Justement il utilisait des techniques qui sont proches des miennes, et là, j’ai eu énormément de plaisir, j’ai vu son atelier. C’était dans un paysage absolument inouï, sur le bord du Pacifique, c’était un petit village qui s’appelait Granity, où j’avais trouvé un hôtel à flanc de montagne avec une terrasse en bois. Et lui il avait son atelier là. J’étais allé le voir, c’était un endroit merveilleux. Je n’aurais pas aimé être à sa place, je suis bien à ma place, mais j’étais content d’avoir vu comment il travaillait, son atelier. Alors c’est marrant, ça rejoint ce que je disais tout à l’heure, lui il a su tout de suite que j’étais potier. On a parlé longtemps et ça s’est très bien passé. Je suis content de m’être retrouvé dans cet atelier-là, au bout du monde, chez quelqu’un qui faisait le même métier que moi. Je pense qu’on avait des sensibilités proches.  Mais dans son travail à lui on voyait qu’il y avait plus d’unité. Alors que moi, je me reproche de ne pas avoir d’unité dans mon travail. J’ai essayé – parce que c’était des techniques proches, des basses températures également - j’ai essayé de m’inspirer de son travail, mais ça n’a rien donné. Je lui ai acheté une assiette, je n’achète jamais de poterie, mais je lui ai acheté une assiette, que j’ai donnée à ma nièce. Non, c’était un beau travail. Et j’aimerais bien être un vieux potier apaisé, tranquille – peut-être qu’il a eu une vie atroce, je ne sais pas. Mais c’est un métier qui doit donner cette impression-là. Je sais qu’il y a des gens qui me disent « vous avez de la chance de faire ça… »

Place de l’Eglise. La place, oui, je la regarde. Je regarde beaucoup dehors, par la fenêtre, parce que j’ai l’évier qui est juste en-dessous. Je n’avais pas de stratégie en m’installant mais je pense que si je n’avais pas été sur cette place-là… J’ai acheté à un moment où c’était encore abordable. 

Quand j’ai trouvé cette petite maison avec une vitrine, placée au meilleur endroit de la  ville, c’était une chance inouïe. L’Eglise, oui, elle est là, elle est belle. Ca m’arrive d’aller dedans. Assez régulièrement. Mais ça ne compte pas plus que ça. 

Radio. J’écoute la radio, c’est marrant, parce que là elle est éteinte, c’est bizarre d’être ici aujourd’hui sans radio. Quand je descends travailler, j’allume la radio. Quand quelqu’un entre, je baisse si c’est trop fort, souvent je laisse. Je peux très bien décorer, j’ai besoin d’être concentré dans mon travail, pour les décors avec les lignes par exemple, j’ai besoin d’être très concentré, mais je peux très bien passer les pinceaux sur les assiettes ou sur les bols et écouter la radio. Et être complètement absorbé par ce que j’écoute. J’écoute attentivement. Par contre, si quelqu’un ne me plaît pas, même si je suis en plein travail, je peux très bien poser un pinceau, ou même si je tourne par exemple un vase et que j’ai plein de terre sur les mains, quand j’entends à la radio quelqu’un que je n’aime pas, je me lève immédiatement et j’arrête. Je remets quelques minutes après, quand je pense que c’est terminé. 

Parfois ça peut arrive que je mette de la musique, mais c’est rare, c’est rare. Il y avait un émission, qui maintenant a changé d’horaire, que je n’aime pas, l’après-midi, c’était pendant cette émission-là que je pouvais, soit éteindre la radio, soit mettre de la musique. Parce que je trouve cette émission insupportable. C’est comme tout le monde, il y a des choses que je ne supporte pas. Il y a des invités à qui je coupe le sifflet régulièrement. Qu’est-ce que je peux dire de plus ?  

J’ai toujours du mal à dire que je suis potier, je ne veux pas dire céramiste parce que je trouve que c’est prétentieux. Donc voilà, c’est un métier, enfin, c’est mon métier. C’est un métier qui n’est pas fréquent. Ce n’est pas un vieux métier, au contraire. Je ne pense pas qu’un cuisinier qui fait à manger se dise, je fais un vieux métier… On a toujours fait à manger. Je ne pense pas à ça. C’est un métier qui m’apporte énormément de plaisir. Je voudrais quand même dire que c’est un métier fatiguant. Quand même. C’est beaucoup de travail. Les gens pensent que c’est un loisir parce qu’il y a des pinceaux, un four. C’est un métier dur, les gestes, lj’ai mal au dos. Là par exemple, je sais que j’ai quelques assiettes à tourner encore, mais je pense que dans 15 jours je ne pourrai plus supporter ce travail. J’ai fait ce que j’avais à faire. Et j’arrive très bien à me sortir de ça, je peux arrêter. Ca n’existe plus quand j’ai décidé d’arrêter, ça n’existe plus. La reprise est plus longue et difficile parfois. Mais quand j’ai décidé d’arrêter, je n’y pense plus du tout.